À seulement 25 ans, Mohamed Tahirou fait partie de cette nouvelle génération d’entrepreneurs burkinabè qui transforment les défis locaux en opportunités technologiques. Passionné de sport, de technologie et d’entrepreneuriat, il est le fondateur de CHANCE 8, une application mobile de pronostics sportifs devenue, en quelques années, une référence pour de nombreux parieurs au Burkina Faso et dans la sous-région.
Autodidacte et résolument tourné vers l’innovation, Mohamed Tahirou a su bâtir autour de CHANCE 8 un véritable écosystème d’applications, avec notamment Chance 8 Invest, orientée vers l’éducation financière, et Ovuliq, dédiée à la santé et au suivi du cycle féminin. Mais c’est bien CHANCE 8 qui concentre aujourd’hui l’essentiel de son audience et de son impact.
Dans cette interview exclusive accordée à Burkina24, il revient sans filtre sur son parcours, les débuts parfois difficiles, les choix technologiques, les enjeux de la régulation des paris sportifs, sa vision du jeu responsable, mais aussi ses ambitions pour la jeunesse burkinabè et pour l’expansion régionale de ses projets.
Burkina24 : Mohamed Tahirou, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler brièvement de votre parcours personnel ?
Mohamed Tahirou : Je suis Mohamed Tahirou, jeune entrepreneur burkinabè de 25 ans. Je viens d’une famille modeste où l’éducation, la discipline et le travail ont toujours été des valeurs centrales. J’ai suivi un parcours académique classique, mais très tôt, je me suis passionné pour la technologie, l’informatique et surtout la résolution de problèmes concrets. À côté de mes études, je passais beaucoup de temps à apprendre en ligne, à tester des idées et à développer de petits projets personnels.
Burkina24 : À 25 ans, vous êtes déjà à la tête de plusieurs applications. Comment expliquez-vous cette précocité entrepreneuriale ?
Mohamed Tahirou : C’est avant tout une question de curiosité et de persévérance. Je n’ai jamais attendu d’avoir toutes les conditions idéales pour me lancer. Très jeune, j’ai compris que le numérique offrait une opportunité unique aux jeunes Africains de créer de la valeur avec peu de moyens. J’ai aussi accepté très tôt l’idée d’échouer, de recommencer et d’apprendre vite.
Burkina24 : Comment est née l’idée de CHANCE 8, votre application la plus connue ?
Mohamed Tahirou : L’idée de CHANCE 8 est née d’un constat simple : beaucoup de parieurs misaient sans réelle analyse, souvent sur la base de rumeurs ou d’intuitions. En tant que passionné de football et de statistiques, je faisais déjà mes propres analyses. J’ai voulu proposer une plateforme structurée, sérieuse et accessible, qui aide les utilisateurs à mieux comprendre les matchs avant de parier.
Burkina24 : Pourquoi avoir choisi le domaine des paris sportifs, souvent jugé sensible ?
Mohamed Tahirou : C’est un domaine sensible, mais aussi très populaire. Le football est profondément ancré dans notre culture. J’ai voulu aborder les paris sportifs sous un angle responsable et analytique, pas comme un simple jeu de hasard. L’objectif est d’apporter de la méthode, pas de vendre du rêve.
Burkina24 : Concrètement, comment fonctionne CHANCE 8 ?
Mohamed Tahirou : Nous combinons analyses statistiques, observation humaine et données fiables. Nous étudions les performances récentes, les confrontations directes, les absences, la forme des joueurs et certains facteurs contextuels. Les pronostics sont toujours argumentés.
Burkina24 : Utilisez-vous l’intelligence artificielle ?
Mohamed Tahirou : Oui, partiellement. L’IA nous aide à détecter des tendances, mais la décision finale reste humaine. Le football garde une part d’imprévisibilité.
Burkina24 : Qu’est-ce qui différencie CHANCE 8 des autres plateformes ?
Mohamed Tahirou : La pédagogie et la proximité. Nous expliquons nos choix, nous parlons aux utilisateurs avec un langage simple, et nous insistons sur la gestion responsable de l’argent.
Burkina24 : Vous avez lancé Chance 8 Invest. Quel est son objectif ?
Mohamed Tahirou : L’éducation financière. Aider les jeunes à comprendre l’épargne, l’investissement et la gestion de l’argent sur le long terme.
Burkina24 : Et Ovuliq, un projet très différent ?
Mohamed Tahirou : Ovuliq répond à un besoin réel en matière de santé féminine et d’éducation sanitaire. La technologie ne doit pas servir uniquement au divertissement.
Burkina24 : Avez-vous rencontré des situations marquantes avec vos utilisateurs ?
Mohamed Tahirou : Oui, beaucoup. Il m’arrive parfois d’être dans un lieu public, un maquis ou un transport, et d’entendre des gens discuter de CHANCE 8, analyser des matchs sur l’application, alors que je suis juste à côté d’eux. Ils ne savent pas que je suis le fondateur. Ce sont des moments très forts, parce que je réalise que le projet vit indépendamment de moi.
Nous recevons aussi des messages très touchants. Certains parents nous écrivent pour dire que, grâce à une meilleure discipline dans leurs paris et à nos conseils de gestion, ils ont pu payer les frais de scolarité ou les études de leurs enfants. Ce genre de témoignage donne un sens profond à tout le travail fourni.
Burkina24 : Quels sont les principaux défis réglementaires ?
Mohamed Tahirou : La réglementation est complexe et évolutive. Nous faisons très attention à rester une plateforme d’analyse et d’information, pas un opérateur de paris. Le respect du cadre légal est essentiel.
Burkina24 : Comment avez-vous financé les débuts de CHANCE 8 ?
Mohamed Tahirou : Par autofinancement. J’ai investi mes propres économies, avec beaucoup de sacrifices personnels. Il n’y avait pas d’investisseurs au départ.
Burkina24 : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs burkinabè ?
Mohamed Tahirou : Commencez petit, mais commencez maintenant. Formez-vous, acceptez l’échec et avancez avec discipline et patience.
Burkina24 : Avant de conclure, une question plus personnelle. Comment se porte votre vie amoureuse et quel regard portez-vous sur les relations et le mariage aujourd’hui ?
Mohamed Tahirou : Je suis en couple avec une femme incroyable, et tout se passe très bien. Notre relation repose sur le respect, la communication et surtout la loyauté.
En ce qui concerne l’infidélité, c’est l’une des choses que je déteste le plus au monde. Je la trouve encore plus écœurante lorsqu’elle vient du côté de la femme. Voir certaines jeunes femmes aujourd’hui prêtes à se vendre, à s’ouvrir intimement à un homme uniquement pour l’argent, le matériel ou des avantages superficiels est profondément choquant. Elles sont capables de tromper sans scrupule pour ces raisons, et honnêtement, c’est très décevant. Cette banalisation de la trahison détruit la valeur des relations, fragilise les foyers et abîme la notion même de fidélité et de respect. On voit des foyers construits sur le mensonge, des enfants élevés dans la tromperie. C’est triste. Je crois encore au couple, au mariage et à la fidélité, mais seulement s’ils sont vécus avec responsabilité, maturité et respect.
Conclusion
Le parcours de Mohamed Tahirou illustre le potentiel immense de la jeunesse burkinabè lorsqu’elle allie passion, technologie et sens des responsabilités. À travers CHANCE 8 et ses autres applications, il démontre qu’il est possible d’innover localement tout en ayant un impact social réel.
Au-delà des applications, son message est clair : entreprendre en Afrique est exigeant, mais profondément transformateur. Une source d’inspiration pour toute une génération décidée à bâtir l’avenir, ici même, au Burkina Faso.
